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Pessah: la nécessité de poser des questions
La parachat Bo s’intéresse à trois reprises à la thématique des enfants et du devoir des parents de les éduquer. En tant que Juifs, nous croyons que pour défendre un pays, il faut une armée, mais pour défendre une civilisation, il faut l’éducation. La liberté est perdue lorsqu’elle est prise pour acquise. À moins que les parents ne transmettent leurs souvenirs et leurs idéaux à la génération suivante – l’histoire de leur conquête de la liberté et des batailles qu’ils ont dû mener -, la grande aventure s’effrite et nous perdons le nord.
Ce qui est fascinant est la manière dont la Torah met l’accent sur le fait que les enfants doivent poser des questions. Les quatre passages sur lesquels l’accent est mis sont devenus célèbres en raison de leur apparition des quatre fils dans la Haggada de Pessah.
En les lisant ensemble, les Sages sont arrivés à la conclusion selon laquelle les enfants doivent poser des questions, le récit de Pessa’h doit être construit en réponse aux questions posées par un enfant et commencer par celles-ci, il est du devoir d’un parent d’encourager son enfant à poser des questions. Il n’y a rien de naturel à cela. Au contraire, la plupart des cultures traditionnelles perçoivent comme étant la tâche d’un parent ou d’un enseignant d’instruire, de guider ou d’ordonner et le rôle d’un enfant est d’obéir. “Les enfants devraient être vus, pas entendus,” dit le vieux proverbe anglais. Socrate, qui passa sa vie à enseigner aux gens à poser des questions, fut condamné par les citoyens d’Athènes pour avoir corrompu la jeunesse. Dans le judaïsme, c’est le contraire. Il est un devoir religieux d’enseigner à nos enfants à poser des questions. C’est de cette façon qu’ils grandissent.
Le judaïsme est unique : une religion basée sur le fait de poser des questions, parfois des questions profondes et difficiles qui semblent ébranler les fondations de la foi elle-même. Par exemple, en Yéchiva, le plus haut compliment est de poser une bonne question. Notre plus grand devoir est de chercher à comprendre la volonté de D.ieu, et pas uniquement d’obéir aveuglément. Car nous croyons que l’intelligence est le plus grand cadeau de D.ieu envers l’humanité. Notre toute première requête de la ‘Amida des jours de semaine est celle de “la connaissance, de l’intelligence et du discernement.” L’une des institutions les plus audacieuses des rabbins fut de formuler une bénédiction à réciter à la vue d’un érudit non-juif. Non seulement ils reconnaissaient la sagesse dans les cultures autres que la leur, mais ils remerciaient D.ieu pour cela. Cela démontre clairement à quel point le judaïsme valorise l’intelligence, les érudits et l’étude.
Mais bien des choses ont à voir avec la manière dont une personne étudie et enseigne à ses enfants. La Torah l’indique à l’un des moments les plus forts et poignants de l’histoire juive, tandis que les Israélites s’apprêtent à quitter l’Égypte et à commencer leur vie en tant que peuple libre. Transmettez la mémoire de ce moment à vos enfants dit la Torah. Mais ne vous y prenez pas de manière autoritaire. Encouragez vos enfants à poser des questions, à interroger, à enquêter, à analyser et à explorer. La liberté signifie la liberté d’esprit, pas uniquement du corps.
Toutefois, l’essentiel est de savoir et d’enseigner à nos enfants que toutes les questions n’ont pas une réponse que nous pouvons immédiatement comprendre. Il y a des idées que nous ne comprendrons entièrement qu’avec l’âge et l’expérience, d’autres qui seront peut-être au-delà de notre compréhension collective à cette étape de la quête humaine.
Isaac Newton, fondateur de la science moderne, comprit à quel point il comprenait peu, et l’a dit de manière si éloquente : “Je ne sais pas comment le monde me perçoit, mais à mes yeux, il me semble que je n’ai été qu’un petit garçon jouant au bord de la mer, et se divertissant en trouvant un galet plus lisse ou un coquillage plus joli que l’ordinaire, alors que le grand océan de vérité s’étendait devant moi sans que je le découvre.” Plus on en sait, plus on réalise ce tout qu’il reste à apprendre si on continue à creuser.
En enseignant aux enfants à poser des questions et à continuer d’en poser, le judaïsme honora ce que Maïmonide qualifiait “d’intellect actif” et l’a perçu comme un don de D.ieu. Aucune foi n’a davantage honoré l’intelligence humaine.
Grand Rabbin Sacks
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